Jacques Villeglé au Centre Pompidou

Un artiste s’affiche

Rues Desprez et Vercingétorix - "La Femme", 1966 Quai de Stalingrad - Issy les Moulineaux, Mars 1991

Jacques Mahé de La Villeglé, dit Jacques Villeglé, dit également Villeglé, est un plasticien français né à Quimper en 1926. Il se définit comme un artiste non producteur, un ravisseur d’affiches, un releveur de traces de civilisation, selon l’expression de Walter Benjamin. Il s’est mis au service de ‘Lacéré anonyme’, dont il prélève, avec le minimum d’intervention, la production sur les murs de Paris. Depuis 1949, il en révèle la beauté : 3500 affiches, des gigantesques aux petits formats, témoignent de ce geste unique par son obstination et son pouvoir d’interpellation. Odile Felgine.

Revendiquant la position du flâneur, Jacques Villeglé n’intervient pas sur les affiches qu’il prélève dans les rues pour les maroufler sur toile. Son travail consiste plutôt à laisser émerger du chaos urbain les beautés cachées dans les épaisseurs de papier déchiré par des mains anonymes qui ont parfois aussi écrit sur les affiches ou les ont maculées. L’œuvre de Villeglé révèle à quel point notre regard est conditionné par cet environnement visuel quotidien, et comment il réactive notre mémoire de façon critique, mais aussi ludique.

On peut dire que Villeglé est un génie de la récupération. Il a ainsi mis à jour les images d’un paysage urbain renaissant, des images riches en histoire, lacérées, déchirées et superposées, pour les élever au rang d’œuvre d’art. L’artiste met en scène ses fouilles et offre le concentré d’une mémoire collective qui rejaillit et suscite les souvenirs d’une société d’après-guerre, avide de consommation et de liberté, et des balbutiements de la publicité. Entre les affiches de théâtre ou de spectacles, se glissent celles d’une propagande électorale, d’une mode épanouie ou celles vantant les atouts d’un nouveau produit prometteur. De près, cette accumulation de papiers colorés, collés les uns sur les autres, évoque toute la violence d’une époque agitée. De loin, la magie opère, le calme nait, les contours improbables prennent forme et les images renaissent, plus timides mais évocatrices d’une réalité qui a fait son temps. Les plus jeunes y découvriront les débuts d’une communication qui va devenir de plus en plus agressive, les autres se plongeront dans un passé chaotique qui semble désormais lointain.

Cette exposition nous a permis de découvrir un artiste qui a eu une idée lumineuse d’arracher les vestiges d’une société enfouie dans le temps, l’idée de laisser parler la vie. On s’étonne, on sourit, on se rappelle, on imagine… Son alphabet socio-politique imaginaire qui dénonce les inscriptions murales urbaines, vaut également le détour.

Jacques Villeglé du 17 Septembre 2008 au 5 Janvier 2009

Centre Pompidou, place G. Pompidou, 75004 Paris. Renseignements au 01 44 78 12 33

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~ par Marine de Montalivet sur 24 décembre 2008.

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